Le mordillement.

Il mordille !

Je reçois régulièrement des appels de propriétaires, qui ne comprennent pas pourquoi leur chiot les mord, et qui s’inquiètent :
Leur compagnon va-t-il être dangereux, est-il méchant ?
Il est nécessaire d’expliquer ce comportement absolument naturel chez les chiots pour que ses nouveaux maîtres ne fassent pas trop d’erreurs d’interprétation.

Le fait qu’un chien soit capable de contrôler sa mâchoire s’appelle « l’inhibition à la morsure », ou encore « morsure inhibée ».
C'est un des nombreux « autocontrôles » qu’un chiot doit apprendre au cours de son enfance pour devenir un adulte équilibré.
Cette morsure inhibée est le résultat d’un apprentissage très précoce, effectué par la mère, les frères et sœurs, mais aussi les congénères avec lesquels les chiots sont en interaction.

Lorsque les chiots naissent, ils sont sourds, aveugles, et ne peuvent pas se mouvoir, car la myélinisation de leur colonne vertébrale n’est pas encore effectuée.
Au fur et à mesure de la croissance des petits, les oreilles, les yeux s’ouvrent, les dents poussent et ils passent par le stade « oral » bien connu des spécialistes des enfants humains.
Ils prennent en gueule ce qui passe à leur portée, avalent tout et n’importe quoi, mâchouillent, attrapent les bas de pantalons ou les manches, s’exercent sur les chaussures, etc.

C’est vers la 5 ème semaine que la tétée devient désagréable pour la mère car il y a éruption des dents de lait des chiots.
Elle les repousse alors par des grognements et des coups de mâchoire. Elle leur apprend ainsi qu’elle ne tolère pas les morsures.
De même lorsqu’ils jouent brutalement entre eux, les chiots peuvent se faire mal. Cela suscite des cris de la part des chiots, ou de la mère si elle est mordue. Cette dernière va alors réprimander les petits pour leur apprendre à doser la morsure, et donc, à contrôler leurs mâchoires.

Les cris des autres chiots concourent eux aussi à l’apprentissage du contrôle de la morsure, puisque le « mordeur » se rend bien vite compte en m’entendant japper qu’il a mal fait et que le jeu s’arrête avec son  partenaire. Et pour cause, le « mordu » a généralement manifesté sa douleur de façon sonore.

C’est donc au travers des interactions des chiots et des adultes que l’inhibition de la morsure débute.
Il arrive qu’un portée comprenne beaucoup de petits ou pire, qu’ils soient élevés sans leur mère ou un autre chien adulte, ou encore qu’ils soient séparés trop tôt de leur groupe. Cet apprentissage n’a alors pas l’occasion de se faire, l’absence de référent canin impliquant des carences dans l’apprentissage de la propreté, le respect des aînés, le contrôle de la mâchoire, la manière de jouer…

C’est alors à la nouvelle famille, humaine celle là, d’apprendre au chiot qu’il ne doit pas mordiller ou plutôt, qu’il doit apprendre à gérer correctement sa mâchoire.

Comment procéder ?
Losque votre petit compagnon attrape votre vêtement ou vous mordille dans le jeu, le meilleur moyen, et le plus sain pour apprendre en douceur le contrôle de la force de la mâchoire, consiste à cesser immédiatement la récréation, en vous détournant de lui.

Ne vous énervez pas, ne hurlez pas (vous risquez de lui faire peur), un simple « non ! » et l’arrêt de l’interaction suffit à le faire stopper.

Le chiot comprendra rapidement que lorsqu’il adopte  cette attitude, il n’y a plus d’échange avec son maître, alors que c’était jusque là très agréable. Le jeu s’arrête.

Vous pouvez aussi mettre vos mains hors de la portée de sa gueule et lui tourner le dos. Là encore, il s’agit de faire comprendre au chien, sans violence, qu’il n’a aucun intérêt à mordiller.
Le comportementaliste américain Ian Dunbar proposait de laisser les chiots se « faire » la mâchoire sans réagir  jusqu’à l’âge de 16 semaines, moyenne d’âge à laquelle les canines apparaissent et les morsures deviennent douloureuses pour les humains. 
Il suggère, à partir de ce moment là, de réagir de la manière conseillée plus haut, en cessant l’interaction et en exagérant la douleur d’un « AIE ! » retentissant, afin d’exprimer une douleur (imaginaire et pas aussi fulgurante que le « aie » pourrait le laisser croire). Il déconseille d’agir avant l’apparition des canines car selon lui, il est plus dangereux d’empêcher le chiot d’exprimer la puissance de la mâchoire alors qu’elle est relativement inoffensive, que de courir le risque que l’adulte qu’il deviendra utilise sa mâchoire sans avoir conscience de sa force parce qu’on l’aura empêché de l’expérimenter.

 Pour ma part, j’utilise toutes ces techniques alternativement, en fonction des réponses que le chiot donne à mon attitude. Si j’arrête le jeu en me détournant silencieusement mais qu’il insiste en attrapant encore plus vigoureusement mes vêtements, je pousse un « aie » très sonore.
Mais s’il s’assied sur son séant lorsque je m’écarte et qu’il me montre un air estomaqué, je n’en rajoute pas : il a eu sa leçon, il n’a pas manqué de remarquer que quelque chose s’est passé qui a déclenché mon retrait de l’interaction. Il est inutile d’augmenter sa surprise en lui faisant peur.
Cette seule expérience ne suffira pas à le faire cesser de mordiller, j’aurai d’autres occasions de pousser mon « aie ».

Le chien apprend par association, au travers des conséquences de ses actes : si à chaque fois qu’il mordille, il se passe quelque chose de peu agréable, ou qu’il ne se passe plus rien du tout avec son maître, il cessera finalement sans violence.
Pensez à surveiller vos enfants, car un chiot qui ne contrôle pas ses dents peut faire des dégâts sur une peau juvénile … il faut savoir canaliser l’excitation du chiot, mais aussi des enfants qui ne font parfois que renforcer l’énervement de l’animal, et donc, les mordillements.

Attention, certains jeunes chiens au tempérament affirmé auront tendance à mordiller plus fort s’ils nous entendent dire « NON ! ». Un peu comme si un enfant vous défiait en récidivant encore plus fort quand vous lui demandez d’arrêter quelque chose. Alors que si vous dites « Aie ! », la réaction n’est pas du tout la même, le chien comprend qu’il a occasionné cette réponse mais pas que vous voulez lui imposer quelque chose. Je recommande donc d’avantage le « ouille, ouille, ouille ! » que le « arrête tout de suite ! ».

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"Chez le Chien" Véronique Boland. Hameau de Stoqueu,24. 4920 Aywaille. Sur rendez-vous: 04/384.33.16.